Définir nos limites

Définir nos limites - Normand Martel

Lorsque nous étions au cégep, les gars qui possédaient une moto ou une voiture étaient toujours plus appréciés. C'est drôle, parce que je me souviens encore de quelques-unes de mes amies, du haut de leurs seize ans et toutes contentes, après avoir été emmenées en voiture à l'école par leur chum de l'époque... Réfléchissez ! Vous devez aussi vous souvenir des premières fois où vous êtes montés dans une voiture avec vos amis. Dans mon cas, c'était lors de ma dernière année au secondaire. Il y a tant de choses qui nous paraissent naturelles aujourd'hui, alors que nous avons attendu des années, plus ou moins patiemment, pour pouvoir le faire.

Aujourd'hui, nous sommes entièrement responsables de nos propres limites. C'est assez difficile de définir, pour certains d'entre nous, ce que nous devrions faire et de ce que nous devons éviter. Comment est-ce que je me persuade de cuisiner chaque jour quand tant de restaurants ont ouvert leurs portes à proximité de chez moi, et que je n'arrive même pas à arrêter de fumer ? Pourquoi boire autant d'alcool alors que, le lendemain, c'est toujours la même chose ? Monter dans une voiture est un acte tellement anodin, alors que, quand nous étions jeunes, c'était le signe d'une aventure, d'un hasard, de nouvelles rencontres et de nouveaux horizons. De cette incertitude, la vie a glissé vers des scènes plus concrètes, un futur qui doit être nécessairement défini.

Le moment où mon meilleur ami a acheté sa première Harley-Davidson était magique. Il a quitté son travail dans le remplacement toiture la prairie pour partir à l'aventure. Il montrait sa moto à tout le monde avec des yeux brillants (c'était pour lui, un de ses rêves d'enfance !), il roulait dès qu'il en avait la possibilité, etc. L'année dernière, j'ai retrouvé cette même moto, parce qu'il ne prenait plus le temps de s'en servir. Cela me rappelle aussi toutes ses personnes qui étaient si doués pour dessiner, photographier, écrire ou dans une certaine discipline sportive et qui ont laissé tomber avec le temps.

En réalité, je ne crois pas que ce soit une affaire de « Je n'ai pas le temps ». Nous avons toujours assez de temps pour faire ce que nous aimons, regarder un film, écrire cette histoire sur un blog... Peut-être ces personnes sont-elles devenues lassées de leur propre passion, de la persévérance nécessaire pour devenir meilleur, des heures gaspillées quotidiennement pour atteindre un certain but, etc. Et puis, après tout, nos passions changent, beaucoup de gens que je connais ont construit une famille et cette famille-là est supérieure à leurs intérêts personnels. Ces changements ne sont-ils pas une preuve que sans s'en rendre compte, nous grandissons ?