Il y a des choses comme ça…

Il y a des choses comme ça… - Normand Martel

Cela faisait cinq ans que je n’avais pas eu de nouvelles de ma mère. Depuis qu’elle s’était remariée après cinq ans de veuvage, je pensais enfin, être à l’abri de quelques surprises venant d’elle. Elle débarqua chez moi un matin, en me demandant évidemment, quelques sous pour une soi-disant machine, dont je ne comprenais pas le nom, et qui avait l’air d’être très utile pour sa santé, selon ses dires. Je résistais, pour la première fois de ma vie, en lui sortant un NON ! dont elle se rappellera jusqu’à la fin de ses jours. Évidemment, et je ne suis certainement pas la seule personne concernée, je fais partie de ces enfants, dont les parents ont la particularité d’avoir le don de faire culpabiliser les autres. Je la rappelais quelques jours plus tard, pour lui dire que je passerais chez elle, pour discuter une nouvelle fois de l’achat de cette fameuse machine, qui paraissait plus qu’indispensable à ses yeux. C’était sans savoir que j’allais découvrir que depuis son nouveau mariage, elle avait totalement changé de style de vie.

Je frappais chez elle un samedi matin vers 10 heures. En regardant par la fenêtre, je la trouvais allongée sur son fauteuil avec des patchs collés sur le ventre, reliés via des fils électriques, à une machine pour se faire muscler les abdominaux. En rentrant à l’intérieur de sa maison, je me retrouvais d’un coup, face à tout un panel de machines diverses, de la plus simple à la plus sophistiquée, toutes utiles pour ce qui est du traitement des varices. Je n’en revenais pas de la quantité que je voyais, mais surtout, en faisant un calcul éclair, des sommes d’argent gaspillées pour l’achat de tout cet attirail. Elle me fit remarquer au bout d’une minute, où je restais totalement immobile face à tous ces engins, que je manquais de savoir-vivre. Elle revenait avec une revue d’un centre d’esthétique montréalais, qui s’était doté d’une machine à laser pour faire fondre toute la graisse du corps humain. Elle tenait absolument à ce que je l’aide financièrement pour cela. Je lui demandais avec un ton narquois, si elle ne voulait pas que je lui paye la clinique d’esthétique par hasard, pour ramener toutes les machines chez elle. Elle se mit dans une telle colère, qu’elle ne fit même pas attention à mon départ. Le seul soulagement que j’éprouvais à ce moment-là, était d’avoir gardé mon carnet de chèques. Bien fait !