Patient pas patient

Patient pas patient - Normand Martel

Je sors de chez le médecin. J’ai des problèmes d’arthrose ; mes genoux sont raides comme du bois sec, d’ailleurs, ils craquent autant.

« Ça n’est pas bien grave, c’est l’âge, et on n’y peut pas grand-chose », a tenté de me rassurer le praticien, mais j’ai répondu que c’était plutôt gênant pour mes parties de golf. J’habite à Trois-Rivières, et tous les dimanches, je me rendais à pied au golf du Moulin. Quelques kilomètres ne me faisaient pas peur avant, mais depuis quelque temps, je ne peux plus.

Il me dit sur un air emphatique :

- S’il n’y a pas de guérison possible, il y a quand même des solutions pour soulager la douleur, et faire en sorte que le problème n’existe plus, au moins pour un temps.

Il a ajouté que la seule solution était l’injection.

Je l’ai regardé avec des yeux ronds. En entrant dans son cabinet, j’avais remarqué un diplôme accroché au-dessus de son bureau. Dans un cadre, il y avait un certificat de botox. Le Botox, à ma connaissance, est fait pour combler les rides du visage, et n’a jamais soigné les problèmes d’arthrose. Je lui désignais le cadre d’un doigt tremblant et je chevrotais :

- Vous allez m’injecter ce truc dans les genoux !

Il se retourna vers le diplôme et se mit à rire.

- Je veux bien vous rajeunir, mais un visage plus lisse ne vous aidera pas à mieux marcher. Non, ce ne sera pas nécessaire dans votre cas. Pour vous, ce sera plutôt la cortisone, c’est le meilleur remède pour l’arthrose.

Il désigna, sur le mur dans mon dos, une panoplie de diplômes qui étayaient ses dires. J’y découvris les injections intraveineuses, intradermiques, sous-cutanées, intramusculaires, intra-osseuses. Même le lavement de l’intestin où l’on injecte une grande quantité de liquide à l’aide d’un clystère cette grosse seringue métallique que l’on enfonce dans le rectum… Brrr, je frémis rien qu’à l’idée de l’acte et je me tassais sur ma chaise.

- Je n’ai mal qu’aux genoux, vous savez ! Ai-je dit d’une petite voix.

Il se leva et me toisa d’un air sarcastique :

- Ce n’est pas à vous de faire le diagnostic ! Je sais ce qu’il convient de faire dans votre cas : de la cortisone ! de la cortisone dans les genoux, de la cortisone dans les cuisses, dans les veines...

Son visage devint écarlate, je crus même voir de la fumée sortir de ses oreilles, il poursuivit :

- ... de la cortisone partout, partout !

Je ne suis pas resté une minute de plus chez ce médecin, je suis parti en courant et, miracle ! Mon arthrose avait disparu !